PRÉSENTATION

La commune de Miquelon-Langlade se trouve au nord de l’archipel d’outre-mer français Saint-Pierre-et-Miquelon qui est situé au sud de Terre Neuve et du Golfe du Saint-Laurent dans l’Océan atlantique. Composé de 591 habitants (selon les chiffres de l’Insee, 2016), le village s’étend sur un isthme sédimentaire formé à la suite de la dernière glaciation.

Bien que probablement situé à la Roche à Biche avant la moitié du XVIIIe siècle, le village s’est progressivement déplacé dans le centre de l’Anse de Miquelon, sur le cordon de galets et dans le plain sédimentaire situé entre l’île Le Cap au nord, et l’île la Grande Miquelon au sud. Ce déplacement progressif a été justifié par les besoins de la pêche et l’accès privilégié à la mer que l’emplacement permettait.

Petit à petit, les maisons situées en front de mer, se sont étendues le long de l’anse, puis dans l’arrière du plain dans un second temps.

Les habitations, en bois, posées sur le sol, se sont transformées au fil des ans, et notamment dans la seconde moitié du XXe siècle, et ont intégré des matériaux plus modernes ainsi que des caves enterrées qui se sont trouvées pour certaines en lien direct avec la nappe phréatique.

LES RISQUES LITTORAUX

Les risques littoraux sont connus depuis de nombreuses années. Dans l’ouvrage d’Edgar Aubert de La Rüe, l’auteur note déjà : « La plaine (du village de Miquelon), sur toute son étendue, dépasse de quelques mètres à peine le niveau des îlots et à plusieurs reprises déjà, depuis qu’elle est habitée, la mer l’a envahie, lors de tempêtes particulièrement violentes. Sans aller chercher très loin dans les annales de la communauté miquelonnaise, on s’aperçoit que le bourg de Miquelon a été assez souvent menacé par les assauts de l’océan. »1  Le climat de Saint-Pierre-et-Miquelon cumule des dépressions subarctiques et extra-tropicales remontant de la côte est-américaine depuis les Antilles. Ces aléas météorologiques provoquent une érosion côtière et un recul du trait de côte ainsi que des submersions marines épisodiques dans les zones basses, encore plus marqués ces dernières années du fait de la remontée des températures et de l’absence de « pied de glace ». Ces submersions peuvent se faire par débordement, par franchissement ou par rupture du système de protection (comme les digues par exemple)2.

Le village de Miquelon est situé en moyenne à deux mètres au-dessus du niveau de la mer, ce qui le rend particulièrement vulnérable aux intempéries maritimes. Dans un contexte de modification du climat où une intensité des phénomènes (vent, précipitations, tempêtes…) est attendue, il est prévu une intensification et une aggravation des risques. L’aléa 2100 a été calculé, en 2016, par le BRGM et la DTAM pour tenter d’objectiver ces risques à venir. Fixé à la cote de 3,70 m, il a été calculé en prenant en compte le cumul, pour la fin du siècle l’élévation du niveau de la mer liée au changement climatique, de la subsidence lithosphérique de l’archipel, ainsi que de l’élévation due à la plus haute marée astronomique. Les tempêtes ont toujours existé sur l’archipel. Néanmoins, bien que connues et vécues depuis des siècles, les conséquences des phénomènes climatiques n’ont pas engendré un déplacement progressif des habitations vers un autre site sur l’île de Miquelon-Langlade. L’activité de pêche, importante jusqu’au moratoire de 1992, en est probablement une des raisons ; les habitations proches de la grève permettant un accès direct du bateau à la mer.

LES CONTRAINTES PESANT SUR MIQUELON

Il a fallu attendre 2014, date à laquelle le PPRL (Plan de prévention aux risques littoraux) a été lancé à l’occasion de la venue du président François Hollande en visite sur l’île, pour que les contraintes réglementaires lourdes imposent un changement de paradigme. En effet, pour éviter d’aggraver les risques, le PPRL condamne la quasi-totalité des constructions neuves sur le village historique, la plupart des parcelles se retrouvant en zone inondable sont alors classées inconstructibles.

Outre le PPRL et ses contraintes, la commune ne maîtrise pas son foncier et ne dispose pas de la compétence en aménagement de son territoire qui appartient à la Collectivité Territoriale avec la gestion des services à l’environnement qui restent à la charge de la Commune (gestion de l’eau, des déchets…). 

Les jeunes Miquelonnais ou les entrepreneurs qui souhaiteraient revenir sur l’île et développer une activité professionnelle ne trouvent pas de terrain disponible pour bâtir leur logement ou installer leur entreprise, ce qui contraint l’avenir du village, déjà fragilisé par un contexte climatique rude et un éloignement continental et insulaire prononcés.

LA RÉSILIENCE URBAINE DE MIQUELON

Ce PPRL avec ses contraintes, a provoqué une prise de conscience de la population, qui a manifesté sa volonté de continuer de développer la commune, notamment lors de la journée du 21 janvier 2020, avec l’occupation symbolique des parcelles au sud du pont par les jeunes de Miquelon lors de la visite de la ministre en charge de l’Outre-Mer.

Par ailleurs, les élus ont sollicité l’État afin de trouver des alternatives et sauver le devenir de leur village. Afin de répondre à cette sollicitation, des Ateliers des territoires ont été organisés pour mener une démarche en concertation avec les élus, les acteurs économiques et institutionnels, et les habitants, et chercher des solutions pour pérenniser et développer le village de Miquelon. Ces Ateliers ont été financés par l’État et préparés par la DTAM. Les agences Alphaville (urbanisme), Bassinet-Turquin Paysage (paysage), Atelier Zéro Carbone (architecture) et Anne-Solange Muis (géographie, concertation) ont été retenues pour mener à bien cette démarche, de janvier à septembre 2022.

LES ATELIERS DES TERRITOIRES À MIQUELON

Trois résidences sur le terrain ont permis de récolter les données nécessaires à la compréhension du sujet. La méthode s’est portée sur des visites de terrain animées par les élus : notamment le maire, Franck Detcheverry et son adjoint à l’urbanisme, Denis Detcheverry, ainsi que par des représentants de l’État (DTAM). A cela se sont ajoutés des ateliers avec l’ensemble des acteurs techniques, économiques et l’ensemble du conseil municipal, ainsi que des rencontres avec les habitants et les professionnels de l’île3 qu’elles soient sous forme d’entretiens individuels ou de plénières publiques. L’ensemble de cette concertation s’est accompagné d’un travail d’analyse technique, paysagère, urbaine et architecturale.

Au lancement, les acteurs étaient nombreux à évoquer le : « Déplacement du village de Miquelon ». Après une première résidence fin janvier 2022, il a été décidé que ce terme de « déplacement » n’était plus approprié, et qu’il serait remplacé par « nouveau village » ; les réflexions portant principalement sur le devenir de ce dernier, et non sur son déplacement géographique à proprement parler. Très rapidement, la Collectivité Territoriale soutenant la démarche, avait d’ailleurs inscrit au STAU en 2020 le site retenu pour le futur village. « Ce n’est peut-être pas celui que nous aurions choisi, témoigne un habitant, et peut-être que nous aurions plutôt été vers Mirande, mais c’est un bon compromis qui nous convient ».

L’équipe a insisté sur l’importance de la territorialisation du futur site et de la déterritorialisation du village actuel qui ne peut se faire que dans un processus relativement long qui doit s’organiser autour d’étapes temporelles et spatiales. La territorialisation est définie par la communauté des géographes comme « un processus qui consiste en une appropriation qui peut être juridique et économique (la propriété) ou symbolique (le sentiment d’appartenance, de connivence)4. » La déterritorialisation est le processus inversé.

Ainsi, l’équipe a recherché ce qui pouvait « faire territoire » et engendrer ce processus de territorialisation/déterritorialisation.

Dans ce sens, l’équipe a proposé d’organiser une série d’actions et d’événements qui permettent aux habitants de s’approprier le futur site. Les jeunes de primaires et les collégiens ont été associés au projet et ont travaillé sur leur « maison idéale en 2030 ». Ils ont également imaginé ce qui pourrait faire l’objet d’une capsule temporelle qui sera enterrée sur le futur site.

En outre, l’équipe a cherché à prioriser les actions et à les inscrire dans une temporalité : qu’est-ce qui doit être installé et désinstallé en priorité ? Quels bâtiments ? Quelles activités ? et quelle architecture souhaitent les habitants pour demain ? Quelle morphologie urbaine pour le futur village ? Quelle histoire fait « territoire commun » ? Quel paysage doit être conservé et/ou valorisé ? L’ensemble de ces questionnements a conduit la réflexion et orienté le projet.

Ce qui a été convenu comme priorité sur la zone abritée de la submersion, c’est la sécurité des personnes et des biens. Par exemple, les premières constructions pourraient être la caserne des pompiers pour héberger les habitants en cas de risque sévère ; et la construction de premières habitations pour les jeunes primo-accédants.

De plus, les habitants révélant un désir de « faire mieux qu’avant », et notamment d’avoir des logements plus respectueux de l’environnement, une réflexion autour de l’architecture écologique a été menée pour s’implanter et s’intégrer au mieux dans les lieux, la pente et le paysage.

Outre l’organisation urbaine et matérielle du futur village, c’est la gouvernance de ce projet d’ampleur qui a été étudiée. Le foncier appartenant à la Collectivité territoriale, il était indispensable que cet acteur soit partie prenante du futur village, tout comme l’État, et la commune. Afin que les ambitions et le bon déroulement du projet soient préservés dans le temps, une charte pour l’avenir du village a été élaborée. Elle reprend les ambitions partagées pour le village et les actions à mettre en œuvre à moyen et long terme. Il s’agit d’un document non réglementaire qui engage moralement les signataires et permet de conduire le projet dans le temps, et l’espace, à partir d’une feuille de route partagée. Cette charte commune a été signée le 19 janvier 2023 par le Préfet, le président de la Collectivité territoriale et le maire de Miquelon-Langlade.

L’ensemble de ce travail a été restitué aux habitants en septembre 2022 sous la forme d’une exposition à la fois du travail des enfants et des collégiens, et des résultats des réflexions et études menées depuis la première résidence en 2022. Les enfants de l’école primaire ont chanté une chanson sur « Miquelon dans trente ans », rappelant aux parents leur envie de vivre et de grandir sur l’île.

Les trois décideurs impliqués dans le projet d’aménagement ont réitéré ce soir-là leur engagement mutuel à porter le projet du nouveau village.

LES SUITES

Afin de poursuivre le projet d’aménagement et d’entrer dans la phase opérationnelle, l’Etat (Ministère en charge de l’écologie et sa direction générale de l’aménagement, du logement et de la nature) a financé deux résidences complémentaires qui ont été confiées à l’équipe Alphaville et Anne-Solange Muis pour lancer les cahiers des charges des études pré-opérationnelles et poursuivre la réflexion urbaine, ainsi que la concertation bien entamée.

Ainsi, l’équipe est revenue en mars 2023 afin de continuer le travail avec les élus et décideurs, d’engager les étapes de mise en œuvre du projet et de tenir informer les habitants. A cette occasion, un vaste questionnaire a été mis en ligne pour les habitants afin de savoir un peu plus à quelle échéance ils se projettent dans le nouveau village, et sous quelles conditions. Ils ont par ailleurs été rencontrés individuellement, quand ils le souhaitaient, pour venir partager leur vision du projet.

Les enfants ont également continué le travail entamé lors de l’Atelier des territoires en réalisant une exposition sur le village de Miquelon d’hier à demain, intitulé : « De Miquelon à Miquelon en passant par Miquelon ». Ce travail fera partie de la capsule temporelle qui sera placée sur le nouveau site lors des premiers travaux.

La prochaine résidence est prévue pour septembre 2023. Tout ce travail collectif se poursuivra alors et les réponses aux questions des habitants posées devront être apportées.

Les premières études techniques seront lancées d’ici à septembre.

RESTITUTION & VALORISATION DU TRAVAIL RÉALISÉ

  1. Ibid ↩︎
  2. https://www.saint-pierre-et-miquelon.developpement-durable.gouv.fr/IMG/pdf/2016_vulnerabilite_littoral_SPM_Risques-cotiers_BRGM.pdf ↩︎
  3. Préciser les noms ↩︎
  4.  http://geoconfluences.ens-lyon.fr/glossaire/territoires-territorialisation-territorialite ↩︎
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